Accoucher de sa zone de génie : créativité, éros & constellations familiales  (avec Camille berreur)

Il y a des rencontres qui ne passent pas par la logique.

Camille est apparue dans mon feed Instagram alors que j’étais encore dans l’énergie de ma retraite au Maroc, entre deux valises, deux respirations, deux mondes. Je ne la connaissais pas “vraiment”. Et pourtant, j’ai eu cette certitude calme : il faut que je l’invite sur le podcast. Sans explication. Sans plan.

Camille s’appelle “Accoucheuse d’étoiles” sur Instagram. Rien que ce nom ouvre une porte intérieure. Une question. Une sensation. Comme si une partie de nous savait déjà de quoi il s’agit : mettre au monde ce qui vit en nous. Pas seulement une idée. Pas seulement un projet. Une œuvre. Une vérité. Une version plus nue de soi.

Quand la création rencontre la guérison

Camille a grandi dans un univers artistique : théâtre, peinture, art contemporain. Elle a d’abord travaillé dans le cinéma, en accompagnant des auteurs à accoucher de leurs films : scénario, texte, structure. Mais au fil du temps, un constat s’est imposé : les blocages de création ne sont pas seulement intellectuels. Souvent, ils sont émotionnels, corporels, et reliés à des mémoires plus anciennes que ce que la tête peut comprendre.

En parallèle, elle explore depuis près de vingt ans d’autres chemins : thérapie, constellations familiales, chamanisme, tantra. Pendant longtemps, ces deux mondes cohabitent sans se mélanger : la “vie officielle” d’un côté, la “vie officieuse” de l’autre. Jusqu’au jour où les deux se rejoignent.

“Accoucheuse d’étoiles” devient le point de rencontre. Ce que son âme lui souffle, c’est : aider à la naissance. La naissance d’œuvres (artistiques ou entrepreneuriales), et la naissance à soi-même en tant que femme qui ose porter cette œuvre au monde.

Parce que souvent, ce n’est pas l’idée qui manque. C’est l’espace intérieur pour la soutenir.

Le vrai point de départ : le plomb

Camille raconte quelque chose d’intime et puissant : très jeune, elle s’est éteinte. Elle parle d’un premier “burn-out” vers 11 ans, puis d’une traversée difficile de l’adolescence. À la vingtaine, elle a l’impression d’être au bout, comme si la vie ne pouvait pas continuer ainsi.

Elle ne voit pas de traumatisme “évident” dans sa réalité extérieure. Et pourtant, elle est plombée. Alors elle choisit : soit s’autodétruire, soit guérir. Elle commence par une thérapie classique, puis une prof de yoga lui propose une approche plus psychocorporelle. Et c’est là qu’elle découvre les constellations familiales.

Ce qu’elle décrit est très parlant : la dépression, ce n’est pas forcément “tristesse” ou “colère”. C’est parfois un état plat, un état zombie, une neutralité lourde. Et quand elle entre dans le champ du corps, quelque chose revient : des sensations, des émotions, de la vie. Même si ça bouscule. Même si ça fait pleurer. Même si ça gratte.

Paradoxalement, cette ouverture devient aussi une passion : explorer, comprendre, ressentir, retrouver des morceaux d’elle-même.

Créativité et sexualité : la même rivière

On parle ensuite de quelque chose que beaucoup sentent sans toujours l’oser : le lien entre création et sexualité.

Camille le dit très clairement : elle était bloquée créativement et sexuellement. Et plus elle a exploré, plus elle a compris que c’est la même énergie : l’élan vital, l’éros, le courant de création.

Elle parle du tantra, mais sans la caricature. Pas “tantra = sexualité”. Elle parle plutôt de souffle, de mouvement, de présence, de massage non intentionnel (pas érotique, pas orienté vers un objectif), et de cette qualité rare : permettre au corps de se détendre assez pour que l’énergie recircule.

Et là, quelque chose d’important se pose : ce courant érotique est plus vaste que la génitalité, plus vaste que le couple, plus vaste que l’acte. C’est une façon d’être vivante. Une façon d’être en lien avec la vie elle-même.

Ça me touche, parce que je le vois aussi : on souffre souvent parce qu’on attend que l’énergie vienne de l’extérieur - d’une personne, d’une validation, d’un “quelque chose” qui nous manque. Alors que le courant est déjà là, en nous, et qu’il peut se cultiver. S’honorer. Se réveiller.

Consentement, sécurité, progressivité : la vraie spiritualité

Le passage le plus précieux de l’épisode, pour moi, c’est la nuance.

Camille explique qu’elle a été guidée par son intuition, qu’elle a rencontré les bonnes personnes, et que tout s’est fait avec douceur et progressivité. Et elle insiste sur une chose : certains espaces “plus impliquants”, notamment sur la sexualité, demandent un niveau d’intégration.

Parce que si tu n’es pas encore capable d’entendre ton oui et ton non, si tu n’es pas encore capable de le verbaliser, si ton enfant intérieur n’a pas de sécurité, alors tu peux te mettre dans des situations qui ne guérissent pas … et qui reblessent.

Elle dit quelque chose de simple et fort : priorité à l’enfant intérieur.

Si l’enfant se sent en danger, si une part est en panique, ce n’est pas “un signe qu’il faut y aller”. C’est un signal d’alerte.

On parle aussi de ce piège subtil : remettre son autorité personnelle dans les mains d’un facilitateur, d’un enseignant, d’une figure extérieure. Et ça, c’est un point de vigilance majeur : rester maître à bord. S’écouter. Se respecter.

Dans mon univers, je le vois aussi avec le kundalini (surtout dans des formats très traditionnels) : ça peut être intense, pousser, forcer. Alors que le corps a besoin d’être honoré. Et que la spiritualité incarnée commence là : dans la sécurité du vivant.

Visibilité : le grand accouchement

On arrive ensuite à un endroit très humain : la peur d’être vue.

Camille parle d’un “coming out” sur la sorcière, la magie, la spiritualité, la sexualité. Pas seulement vis-à-vis de sa famille : vis-à-vis du monde. Elle décrit une tension interne très claire : une part d’elle veut transmettre, aller loin, créer, exposer - et une autre part a appris que la sécurité, c’est l’invisibilité.

Ce paradoxe, je le connais. Beaucoup de femmes le connaissent.

Et quand Camille sort son livre, ce n’est pas le contenu qui la bloque. C’est son corps. Figement. Peur archaïque. Mémoire du secret. Elle parle des violences sexuelles présentes dans les lignées, du poids des non-dits, de l’inceste comme archétype du “on ne parle pas”.

Et elle utilise une métaphore incroyable : se dilater.

Comme une naissance. Comme une première grossesse. Comme un passage où il faut respirer les contractions pour faire de la place.

C’est exactement ça : la visibilité est un accouchement. Pas une stratégie. Pas une case à cocher. Un processus corporel. Identitaire. Émotionnel.

La zone de génie n’est pas “dans la tête”

À un moment, je lui demande : et si quelqu’un écoute cet épisode en se disant “je ne sais pas quelle est ma zone de génie” ?

Camille répond sans tourner autour : l’entrée, pour elle, c’est l’enfant intérieur.

Elle parle de reparentage : incarner l’adulte conscient, prendre soin de l’enfant blessé, et retrouver l’enfant libre, créatif, spontané. Parce que plus cet enfant se sent en sécurité, plus l’élan revient. Les idées reviennent. La vitalité revient. Et souvent, ce que tu appelles “génie” est là : dans ce qui est naturel, dans ce qui est vivant, dans ce qui n’a pas besoin d’être forcé.

Et elle nuance aussi quelque chose d’important : tout le monde n’a pas forcément la mission de devenir public, de transmettre au monde. Mais pour celles chez qui l’appel est là, il y a un passage : assumer sa voix unique. Ne pas être la copie de ce qui existe déjà. Oser sa couleur.

Masculin/féminin intérieur : là où l’œuvre se met au monde

Camille explique ensuite comment elle accompagne concrètement : constellations en groupe, avec les corps comme boussole (le corps ne ment pas), et mentorat individuel sur plusieurs mois quand il y a un projet, un palier, une œuvre à mettre au monde.

Elle travaille beaucoup sur le masculin et le féminin intérieur : pas comme un concept Instagram, mais comme une dynamique de création. Souvent, ces forces sont imprégnées de la généalogie, des empreintes reçues. Et quand tu libères ces empreintes, tu récupères ton énergie de création.

Je partage mon vécu à cet endroit : dans l’entrepreneuriat, au départ, j’étais très dans le masculin … faire, faire, faire … jusqu’à me brûler. Et aujourd’hui, je vois à quel point j’ai besoin de féminin : du temps, des pratiques, de l’espace intérieur… pour ensuite passer à l’action sans violence.

L’alchimie.

Vies passées, galactique, ancêtres : la question utile

Vers la fin, on ouvre une porte sur les mémoires de l’âme, les archétypes (prêtresse, sorcière…), les plans plus vastes. Et là, Camille dit quelque chose qui remet le mental à sa place :

Elle ne passe pas son temps à se demander d’où ça vient.

Elle se demande surtout : qu’est-ce qu’on en fait maintenant ?

Ce qui compte, c’est l’usage. Le service. L’incarnation.

Et elle revient à une clé simple : le cadre. La sécurité. Les besoins de l’humain. Avant d’ouvrir plus grand. Sinon, c’est du bypassing. Une fuite déguisée.

En vérité, ce qu’on cherche, c’est la permission

Ce que je retiens de cette conversation, c’est une permission profonde :

  • la permission de créer avec le corps, pas seulement avec la tête,

  • la permission de ne pas séparer sexualité, créativité et spiritualité,

  • la permission de faire les choses progressivement, en respectant le oui/non,

  • la permission d’accepter le paradoxe : être bien et mal, être or et plomb,

  • la permission d’oser la scène, l’œuvre, la voix… même si ça dilate.

Et surtout : la permission de croire qu’en dessous des couches, il y a une étoile.

Pas une étoile parfaite.

Une étoile vraie.

Vivante.

Et prête à naître.

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