Mon voyage dans la sexualité (l’épisode le plus vulnérable)

Pendant des années, je n'ai pas joui pendant nos rapports. Mon mari le savait. Et on a fait comme si c'était juste comme ça.

C'est sans doute l'épisode le plus vulnérable que j'ai enregistré. J'ai hésité longtemps. Et puis je me suis souvenue de ce qui m'a le plus nourrie dans ma vie : des femmes qui parlent de leur vraie vie. Pas la version polie. Pas la version lisse. La vraie.

Alors voilà la mienne. À écouter, à regarder, ou à lire juste en dessous.

On est toutes des êtres d'éros

On a toutes un feu sexuel à l'intérieur. Chez certaines, il brûle tout seul. Chez beaucoup d'autres, il a été étouffé. Par une famille, une culture, une histoire qu'on a oubliée ou pas.

Ce que je sais profondément, c'est que la créativité, le feu sexuel et l'énergie vitale avancent main dans la main. Quand l'un s'éteint, les autres s'éteignent avec. Tu penses juste « je n'ai pas de libido ». En vrai, c'est ta vitalité au complet qui baisse le volume.

Tu n'as pas un problème de libido. Tu as un feu qui n'a nulle part où aller.

La petite fille qui a compris qu'il fallait cacher

Toute petite, déjà, il se passait des choses dans mon corps que je ne comprenais pas. Souvent quand j'étais en retard, stressée, quand j'avais peur de mal faire. (Oui, déjà un petit côté kink. On en reparle.)

Personne ne me l'a jamais dit. Mais j'ai su très vite que ça, on n'en parlait pas. Que le plaisir était quelque chose à cacher. J'en ai parlé pour la première fois dans ma trentaine. Peut-être même ma quarantaine.

Seule, je n'ai jamais eu aucun souci. Ado, je me demandais même s'il y avait un quota. Comme si j'allais finir par épuiser ma réserve d'orgasmes. Les pensées qu'on peut avoir…

Mon corps savait déjà qu'il y avait plus grand. Moi, pas encore.

La good girl qui donne du plaisir pour être aimée

En grandissant, ma stratégie a été d'enchaîner les relations. Rien de conscient. Ces relations nourrissaient un besoin absolu : être aimée, être acceptée. Et le prix à payer, c'était de faire plaisir à l'autre.

Le plaisir de l'autre d'abord. Le mien plus tard, s'il reste de la place. Ou toute seule, après.

Observe si tu te reconnais ici. Je vois encore énormément de femmes là-dedans.

Vingt ans, un homme aimant, et un corps fermé

J'ai rencontré mon mari vers 27, 28 ans. Avec lui, j'ai fait quelque chose de nouveau : j'ai été honnête. Il a toujours su que je ne jouissais pas pendant les rapports. C'était déjà une victoire.

Et on a trouvé un équilibre autour d'une croyance bien installée : certaines femmes sont faites comme ça. That's it.

Sauf que je savais que j'étais une femme avec un énorme feu. Il ne pouvait juste pas être reçu.

Ça m'a pris des années pour le voir : je ne me sentais pas en sécurité avec le masculin. Je voulais plaire, je voulais être choisie, mais mon corps était incapable de s'ouvrir.

Je le vois aussi dans mon accouchement. J'espérais un accouchement naturel. J'étais tellement dans la contraction, tellement incapable de faire confiance, que j'ai fini sous péridurale. Mon mari trouve que j'exagère avec cette comparaison. Moi, j'y vois le même mouvement : s'ouvrir, lâcher prise, s'abandonner à plus grand que soi. Si tu contrôles tout, tu ne peux pas t'abandonner.

Quand on porte seule ce qui se vit à deux

Alors j'ai fait ce que font les good girls. J'ai géré. Seule.

La frustration est montée, des deux côtés. Et avec elle, une croyance toxique : le masculin veut juste profiter. Même si je savais, consciemment, que mon mari est profondément aimant et qu'il m'apporte de la sécurité partout ailleurs.

Puis la colère. La rage. J'aurais tellement aimé un homme qui dise : « Non, ça ne marche pas, on prend le temps, on explore. »

La vérité ? Je créais mon propre malheur. On allait vite. Toujours. Parce que ça ne fonctionnait pas, on faisait en sorte que ce soit rapide.

J'ai fait des formations spirituelles, tantriques. En me disant que je pourrais continuer à tout porter seule, sans conversation inconfortable. Jusqu'au mur.

On ne peut pas porter seule ce qui est censé se vivre à deux.

La conversation qui me terrifiait

La seule porte qui restait, c'était celle qui me faisait le plus peur. Dire : ça ne fonctionne pas. Ce n'est plus ok pour moi.

Et le dire sans solution. Ça, c'était le plus dur. Avec une solution, la contrôlante en moi peut encore gérer. Sans solution, il faut arriver avec « je ne sais pas ». Et faire confiance que quelque chose de neuf peut naître là.

J'ai compris une chose difficile : en voulant tout gérer, je privais mon mari d'une vraie intimité. Parce que je ne lui faisais pas confiance. On est deux là-dedans. Mais ça, c'était ma part.

La première chose que je lui ai demandée, ce n'était pas de devenir plus spirituel ou de méditer avec moi. C'était de reconnaître que quelque chose ne fonctionne pas dans la façon dont on a appris à faire l'amour. Les études sur l'écart d'orgasme sont claires : chez les couples hétéros, les hommes jouissent beaucoup plus souvent que les femmes. Chez les lesbiennes, l'écart fond presque. Le problème n'est pas le corps des femmes. C'est la façon dont on fait l'amour. Et le fait qu'énormément de femmes ne se sentent pas en sécurité.

Il m'a répondu : « Évidemment que quelque chose ne fonctionne pas. »

Cette seule reconnaissance a ouvert des portes. On n'était plus moi qui juge et lui qui se défend. On était deux à co-créer.

La sécurité avant le plaisir

J'étais heureuse dans toutes les sphères de notre couple. Sauf celle-là. Et ce petit point noir, que je pouvais accepter avant, était devenu inacceptable.

Je ne pouvais plus transmettre ce que je transmets si je ne le vivais pas. Et je refuse de croire qu'on naît dans un corps rempli de sensations pour s'éteindre à la ménopause.

Alors petit à petit, je lui ai dit les vraies choses : « Je me sens en sécurité avec toi partout. Sauf dans la sexualité. »

Comment se sentir en sécurité quand tu dis oui alors que ton corps dit non ? Encore. Et encore. Et la première personne qui ne me respectait pas, c'était moi.

Dans une conversation difficile, ce qu'on cherche, c'est d'aller en dessous. En dessous de la colère, du jugement, de l'état qui fige. Là où tu peux dire : « Il y a une partie de moi qui est désespérée. Une partie de moi qui a peur. » C'est doux. C'est vulnérable. Et ça permet à l'autre d'être vulnérable aussi.

Mon mari a pu me dire qu'en dessous de ses défenses, il ne se sentait jamais à la hauteur. Quoi qu'il fasse, ce n'était jamais assez. Normal. Je n'osais jamais demander les vraies choses. Je ne savais même pas ce que je voulais.

Le plaisir ne vient pas quand tu fais plus d'efforts. Il vient quand ton corps se sent en sécurité.

Ce qu'on a mis en place, très concrètement

J'ai cherché de l'aide pendant des années, et je trouvais surtout de la théorie. Moi, j'avais besoin de savoir quoi faire, maintenant, devant une montagne. Alors voilà le comment.

  • Nommer ce qui ouvre et ce qui ferme. « Quand tu fais ça, je me ferme. Quand tu fais ça, je m'ouvre complètement. » Il a commencé à le respecter, au-delà de mes espérances. On a appris à se lire moment après moment. C'est là que la réparation se fait.

  • Ralentir. Le féminin a besoin de lenteur, de reconnaissance, de douceur. Le jour où on a ralenti, on est arrivés tous les deux dans une dimension beaucoup plus tantrique, beaucoup plus connectée.

  • Une période sans pénétration. Juste la présence et le plaisir, sans objectif. Il m'a dit : « Au final, c'est ça que je recherche. On s'en fout de la jouissance. » Lui voyait mon corps s'ouvrir. Moi, j'ai ressenti une sécurité que je n'avais jamais connue en 45 ans.

On a découvert des zones d'intimité qu'on n'avait jamais connues en 20 ans. Plus de plaisir pour lui. Plus de plaisir pour moi.

Et si tu lis ça en te disant « chez moi, c'est impossible » : je te comprends. Tout ça me paraissait insurmontable. Tu n'as pas idée des périodes de désespoir que j'ai traversées. C'est accessible. À tout le monde.

Les étapes pour commencer chez toi

  • Regarde ta réalité. Une main sur le cœur, une main sur le ventre, respiration longue. C'est quoi, ma réalité, aujourd'hui ?

  • Parle à ta yoni. À quel point je t'ai bypassée ? À quel point je ne t'ai pas écoutée ? Dis-lui chaque jour : tu as le droit de prendre le temps. Je te donne tout le temps que tu veux.

  • Une pratique en solo. Pas pour performer. Pour revenir dans tes sensations. Le bout des doigts sur ta peau, du temps, de la respiration, des sons. Réveiller les zones anesthésiées. Avec l'autre, tes défenses et tes habitudes reviennent vite. Seule, tu apprends à te sentir.

  • Nomme ce qui n'est plus ok. Qu'est-ce que tu n'as plus envie d'accepter dans ta relation ?

  • Ouvre la conversation avec l'amour en premier. Je commençais toujours par : « J'ai cette conversation parce que je t'aime profondément et que je veux plus de lien entre nous. » Sinon l'autre se sent attaqué et part dans ses retranchements.

  • Dis ta peur, et ce dont tu as besoin. J'ai dû dire à mon mari : « Je suis terrorisée. Dès que tu fronces les sourcils, j'imagine le pire. Est-ce que tu peux rester avec moi, sans intervenir, sans chercher de solution ? » Puis lui laisser son espace : « Qu'est-ce que ça fait émerger chez toi ? »

Au début, ce sera chaotique. Les peurs vont remonter. On revient. Encore et encore. C'est le cheminement le plus important qu'on puisse faire en tant que femme.

✦ Mini pratique : avant ta prochaine conversation

Pose une main sur ton cœur, une main sur ton ventre. Trois respirations longues. Puis demande à ton corps, sans chercher la bonne réponse : « Qu'est-ce qui n'est plus ok pour moi ? » Écoute ce qui monte. Pas ta tête. Ton ventre.

Tu te souviens de la promesse que je t'ai demandée dans l'épisode ? Viens me dire comment ça résonne pour toi, en message sur Instagram ou Facebook. Je lis tout. Et si une femme autour de toi a besoin de l'entendre, envoie-le-lui. Je crois sincèrement qu'on en a toutes besoin.

Sat Nam,
Émilie

Envie d'aller plus loin ? La Voie du Plaisir, quatre mois pour revenir dans ton corps et réveiller ton désir. Ou ÉCLIPSE, neuf semaines pour arrêter de te saboter et incarner ce que tu sais. Départ des deux le 4 janvier 2027.

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